L’Afrique importe encore environ 70 % de ses médicaments finis et 95 % de ses principes actifs pharmaceutiques. Cette forte dépendance expose les pays du continent aux retards logistiques, aux restrictions d’exportation, aux variations de prix et aux ruptures de stock.
Dans le même temps, les besoins sanitaires évoluent. Aux maladies infectieuses et aux enjeux persistants de santé maternelle s’ajoute la progression rapide des maladies non transmissibles, notamment le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer. Ces pathologies nécessitent généralement des traitements continus et, par conséquent, une disponibilité régulière et durable des médicaments.
Un rapport publié en septembre 2026 par l’Access to Medicine Foundation analyse la manière dont huit fabricants de médicaments génériques et biosimilaires répondent à cette évolution du marché africain. Il met également en évidence une réalité essentielle : augmenter la production ne suffit pas, à elle seule, à garantir que les médicaments parviennent effectivement aux patients.

Les médicaments génériques, un pilier de l’accès aux traitements
Les fabricants de médicaments génériques produisent environ 80 % des médicaments consommés dans le monde en volume. Grâce à des prix généralement plus accessibles, ils jouent un rôle déterminant dans l’élargissement de l’accès aux traitements.
En Afrique, leur contribution est particulièrement importante. Le continent supporte environ 25 % de la charge mondiale de morbidité alors qu’il représente près de 19 % de la population mondiale. Pourtant, l’accès aux médicaments essentiels reste très inégal selon les pays, les régions et les catégories de population.
Les obstacles ne se limitent pas à la capacité de production. Les médicaments doivent franchir différentes étapes réglementaires, commerciales et logistiques avant d’atteindre les établissements de santé, les pharmacies et les patients.
Trois transformations du marché pharmaceutique africain
1. Le renforcement de la résilience des approvisionnements
Les perturbations récentes des chaînes d’approvisionnement ont montré les limites d’une dépendance excessive à un nombre restreint de fournisseurs internationaux.
Pour réduire ces risques, plusieurs fabricants diversifient leurs sources d’approvisionnement, constituent des stocks de sécurité pour certains principes actifs essentiels et négocient des accords d’approvisionnement à plus long terme.
Certaines entreprises investissent également dans la production locale ou régionale de principes actifs et de médicaments finis. Cette stratégie peut réduire les délais, améliorer la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement et renforcer la sécurité pharmaceutique du continent.
Toutefois, la production locale doit pouvoir s’appuyer sur une demande suffisamment prévisible. Une usine ne peut pas fonctionner durablement si les commandes sont irrégulières, les volumes mal estimés ou les paiements trop incertains.
2. L’élargissement des portefeuilles thérapeutiques
Les fabricants présents en Afrique ne se concentrent plus uniquement sur les maladies infectieuses. Plusieurs entreprises élargissent progressivement leurs portefeuilles vers le diabète, les maladies cardiovasculaires et d’autres pathologies chroniques.
Cette évolution répond à une transformation profonde des besoins sanitaires. Les maladies non transmissibles pourraient devenir la première cause de mortalité en Afrique subsaharienne à l’horizon 2030.
Mais la commercialisation des traitements chroniques exige une approche différente. Elle nécessite une bonne connaissance des parcours de soins, une segmentation précise des professionnels de santé, une couverture régulière des pharmacies et un suivi continu de la disponibilité.
Pour les entreprises pharmaceutiques, le potentiel d’un produit ne doit donc pas être évalué uniquement à partir de la taille de la population. Il faut également analyser les capacités diagnostiques, le pouvoir d’achat, la couverture sanitaire, les habitudes de prescription et les circuits de distribution.
3. Le développement de nouveaux partenariats
Les accords traditionnels de distribution restent importants, mais de nouveaux modèles de collaboration apparaissent.
Ils peuvent inclure le transfert de technologie, la fabrication sous licence, l’accompagnement réglementaire, le développement de compétences techniques ou la mise en place d’accords commerciaux permettant d’entrer sur plusieurs marchés.
Le partenaire local ne doit donc plus être considéré uniquement comme un importateur ou un distributeur. Il peut aussi jouer un rôle dans l’enregistrement des produits, la connaissance du marché, la promotion médicale, la formation des équipes et le suivi de la performance commerciale.
Le rapport souligne néanmoins que ces partenariats doivent progressivement permettre aux fabricants africains de renforcer leur autonomie, leurs capacités techniques et leur contrôle stratégique.
Pourquoi produire davantage ne garantit pas la disponibilité
Entre l’usine et le patient, de nombreux obstacles peuvent empêcher un médicament d’être disponible au bon endroit et au bon moment :
- une mauvaise prévision de la demande ;
- des procédures réglementaires longues ou fragmentées ;
- des achats publics irréguliers ;
- des retards de paiement ;
- une coordination insuffisante entre les circuits publics et privés ;
- une distribution limitée en dehors des grandes villes ;
- une faible remontée des informations du terrain ;
- une mauvaise répartition des stocks entre les territoires.
Un produit peut donc être fabriqué en quantité suffisante tout en restant indisponible dans certaines pharmacies ou structures sanitaires.
La disponibilité continue dépend de l’ensemble de la chaîne : réglementation, financement, approvisionnement, stockage, distribution, promotion, prescription et suivi des stocks.
Ce que cela change pour les directions commerciales
Dans ce contexte, le pilotage d’une force de vente ne peut plus se limiter au nombre de visites réalisées par les délégués médicaux.
Les directions commerciales doivent relier l’activité des équipes terrain à des indicateurs plus proches de la réalité du marché :
- la couverture effective des prescripteurs et des pharmacies ;
- la fréquence des visites ;
- la disponibilité des produits par territoire ;
- la fréquence et la durée des ruptures ;
- l’évolution des commandes ;
- l’adoption des produits par les prescripteurs ;
- la transformation des visites en ventes ;
- la qualité des informations remontées du terrain.
Une équipe terrain performante doit permettre à l’entreprise de comprendre où se trouve la demande, pourquoi un produit n’est pas disponible et quelles actions peuvent corriger la situation.
Les données collectées sur le terrain doivent ainsi contribuer aux décisions de ciblage, de répartition des stocks, de formation, de promotion et d’investissement commercial.
Vers une approche intégrée de la performance pharmaceutique
Le développement de la production pharmaceutique africaine constitue une avancée stratégique. Mais son impact dépendra de la capacité des acteurs à construire des marchés mieux organisés, plus prévisibles et mieux coordonnés.
Pour améliorer durablement l’accès aux médicaments, fabricants, autorités réglementaires, distributeurs, partenaires financiers, programmes de santé et équipes commerciales devront agir de manière complémentaire.
L’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage. Il est de faire en sorte que chaque produit puisse atteindre le bon patient, au bon endroit, au bon moment et à un prix accessible.
Chez MSPI GROUP, nous accompagnons les entreprises pharmaceutiques dans la structuration de leurs équipes terrain, l’amélioration de la couverture, l’analyse des territoires et le pilotage de la performance commerciale.
La question à retenir : vos équipes terrain mesurent-elles uniquement leurs visites ou contribuent-elles réellement à sécuriser la disponibilité de vos produits ?
Transformer les données terrain en décisions. Transformer les équipes terrain en moteurs de performance.
Source principale : Access to Medicine Foundation, Africa’s evolving healthcare landscape: How generic medicine manufacturers are expanding medicine supply and availability, septembre 2026.

Sujet très pertinent.
L’accessibilité financière des médicaments génériques ne suffit pas si leur disponibilité régulière n’est pas assurée sur le terrain.